Panafricanisme

    Qu’est-ce que le Panafricanisme ?

 

Le Panafricanisme, est un mouvement politique qui
promeut l’indépendance totale du continent africain et qui encourage la
pratique de la solidarité entre les africains/africaines et les personnes d’ascendance
africaine
où qu’ils soient dans le monde, peu importe leurs origines ethniques, leurs appartenances religieuses, ou physiques

Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, économique,
culturelle et politique d’émancipation des Africains et un mouvement qui vise à
unifier les Africains du continent et de la diaspora africaine en
une communauté africaine mondiale. Le cœur de son principe consiste en la
certitude que les peuples d’Afrique et de la diaspora partagent une histoire et
une destinée commune et que leur progrès social, économique et politique est
lié à leur unité. Son objectif ultime est la réalisation d’une organisation
politique intégrée de toutes les nations et peuples d’Afrique.

Le mot « panafricain » est apparu à la fin du xixe siècle
lors de la préparation de la Première Conférence panafricaine de 1900.
Historiquement, l’idée se développe en réaction aux conséquences du
démantèlement progressif de l’esclavage en Amérique. L’expansion du
panafricanisme se retrouve dans les écrits et discours de quelques figures
fondatrices, parmi lesquelles Edward Wilmot Blyden et Anténor Firmin.
Au début du xxe siècle,
d’autres figures telles que Bénito SylvainW. E. B. Du Bois ou Joel Augustus Rogers contribuent
à l’affirmation politique du projet panafricain. Avec la décolonisation,
celui-ci prend une ampleur nouvelle et se retrouve incarné par des dirigeants
tels que Kwame Nkrumah.
Encore aujourd’hui, le panafricanisme s’exprime en Afrique comme dans les
anciennes puissances coloniales dans les domaines politique, économique,
littéraire ou encore culturel. La plus large organisation panafricaine
aujourd’hui est l’Union africaine.

  Aux
origines du panafricanisme

   Le mouvement abolitionniste et ses
conséquences

L’abolition progressive de la traite et de l’esclavage

Si on assiste à la fin du xviiie siècle aux
premiers balbutiements de la lutte anti-esclavagiste, celle-ci ne devient une
réalité qu’avec l’engagement de la Grande-Bretagne. Celui-ci est premièrement
textuel : un acte du 25 mars 1807 interdit la traite négrière sur
tous les territoires et côtes d’Afrique. De théorique, cette résolution devient
réelle et militaire : l’Amirauté britannique établit en 1815 une croisière
de surveillance permanente des voies maritimes africaines, la West
Africa Anti-Slavery Squadron
. Sous l’impulsion de la « croisade »
britannique, d’autres puissances occidentales à l’instar des États-Unis (1808) et des Pays-Bas (1814) suivent le mouvement
d’abolition de la traite. Le congrès de Vienne (1815)
aboutit à une déclaration de principe sur l’abolition de la part des
principales puissances européennes : AutricheEspagneFrance, Grande-Bretagne, PortugalPrusseRussie et Suède. Quant à l’abolition de l’esclavage (à ne pas confondre avec la
traite), elle est selon les régions plus ou moins tardive : 1848 en
France, 1865 aux États-Unis et 1888 au Brésil pour citer quelques exemples.

Les esclaves libérés par les
Britanniques, puis par d’autres puissances dans les premiers temps de
l’abolition de la traite, deviennent le plus souvent des citoyens libres. Le
nombre de ces Noirs libres augmente encore considérablement avec l’abolition de
l’esclavage en Amérique. Cette augmentation donne lieu, dans les anciennes
puissances esclavagistes, à une réaction en deux temps : l’élaboration
d’un racisme « scientifique » et la déportation volontaire ou forcée
de Noirs en Afrique.

Le développement d’un racisme « scientifique »

Au xviiie siècle,
le racisme s’exprimait dans le rapport utilitaire qu’entretenait le Blanc
envers le Noir. C’est ainsi que le vicomte de Mirabeau, propriétaire d’une plantation, déclarait pendant la Révolution à
l’Assemblée Nationale : « L’insouciance, la
paresse et l’aversion au travail sont naturels aux habitants de l’Afrique. […]
Si l’humanité m’ordonne d’améliorer le sort des nègres, la raison me commande
de conformer leur esclavage ».

Avec la disparition progressive de la fonction servile des Noirs
au xixe siècle,
un racisme fondé sur de nouveaux arguments « scientifiques » prend
son essor. Ses théoriciens multiplient les démonstrations tendancieuses fondées
sur des observations et des expériences anatomiques pseudo-scientifiques. En 1801, le médecin
naturaliste Julien-Joseph Virey publie
une Histoire naturelle du genre humain, dont voici quelques
thèses : « La conformation du nègre se
rapproche un peu de celle de l’Orang-Outan. Tout le monde connaît cette espèce
de museau qu’ont les nègres, ces cheveux laineux, ces grosses lèvres si
gonflées » « Tous ces caractères
montrent véritablement une nuance vers la forme des singes, […] même sensible
dans le moral. L’homme noir est né imitateur, comme le singe ; il
reconnaît la supériorité intellectuelle du blanc. […] Ces habitudes annoncent
une mollesse naturelle ou innée de l’âme. » Pour appuyer ses
théories, Virey met en avant des travaux de dissection comparés de corps blancs
et noirs portant sur divers aspects, tels que la couleur du sang ou la taille
du cerveau. De nombreux naturalistes, à la suite de Virey, établissent une hiérarchie
des groupes humains afin de justifier l’hégémonie politique et historique de
« races pures » sur des races prétendues inférieures.

La création
et l’indépendance du Liberia

Le
drapeau du Liberia, inspiré des couleurs américaines

Au début du xixe siècle, un sentiment racial se
développe donc dans la société occidentale, ce qui amène cette dernière à
refuser la présence de noirs non serviles sur son sol et, dans le cas des
États-Unis, au développement d’un mouvement de « blanchisation » de
la population. C’est dans ce contexte qu’en 1816, le révérend Robert
Finley
 (en) et le pasteur Samuel
John Mills
 (en) créent l’American
Colonization Society
, organisation ayant pour but le transport
des « Nègres » libres en Afrique. L’argument
principal de Mills et de Finley pour promouvoir leur entreprise est
l’amélioration des conditions de vie des Noirs. Il s’agit en fait d’un projet
d’exclusion, mais également d’un projet civilisateur destiné à repeupler
l’Afrique de Noirs « adoucis par la force de la religion ». De
nombreux « Nègres » libres s’opposent à ce projet, notamment à Philadelphie où une assemblée dénonce une
« tentative de souiller ignoblement la réputation des gens de couleur
libres en déclarant qu’ils sont une partie de la communauté dangereuse et inutile »,
refusant le « projet de colonisation des côtes de l’Afrique » proposé
par Finley et Mills.

Ayant finalement obtenu une autorisation gouvernementale pour
organiser une colonie en Afrique, l’American Colonization Society envoie
en mars 1820 trente familles de « Nègres » libres sur l’Ile
Sherbo, située au sud-est de Freetown dans la colonie britannique
du Sierra Leone. Par
suite de l’échec de l’expédition, l’ACS s’installe en 1822 au Cap Mesurado, où
elle fonde Monrovia, actuelle
capitale du Liberia. Dans les années suivantes, les
gouvernements fédéraux de nombreux états participent au financement du projet
ou établissent d’autres colonies sur les côtes du Liberia. Après la
constitution d’un Commonwealth du Liberia, les différentes
colonies s’unissent et le pays obtient son indépendance en 1846. En 1900, le
Liberia compte 20 000 descendants d’Afro-Américains et
environ un million d’Africains.

Les
déportations d’esclaves du Brésil

Le mouvement d’émigration africaine depuis le continent
américain est également présent dans une moindre mesure et sous une autre forme
au Brésil. Face à l’intensification des insurrections serviles dans les années
1830, le gouvernement de Bahia déporte en effet 148
esclaves dans le golfe de Guinée en mars
1835. Cette mesure a des conséquences directes sur plusieurs centaines d’Afro-Brésiliens qui
demandent volontairement dans les années suivantes leur retour sur les côtes
africaines.

Le rôle
pionner de la diaspora afro-américaine

Edward
Wilmot Blyden, partisan du « retour » en Afrique

                      Edward Wilmot Blyden

En dépit de son héritage controversé, Edward Wilmot Blyden a
inspiré les leaders du panafricanisme en reliant la cause de l’émancipation des
Noirs à la défense d’institutions africaines autonomes4. Ne pouvant suivre des études aux États-Unis,
il part au Liberia avant d’y mener une carrière
universitaire et politique. Dès lors, il produit une œuvre idéologique et
intellectuelle prolifique, plaidant pour le retour des Afro-Américains libres
en Afrique, ainsi que pour l’établissement d’un pouvoir endogène sur le
continent.

Exposant en 1857 sa conception du nationalisme dans « A
Vindication of the African Race
 »6, Blyden réfute l’idée d’une hiérarchie
des races soutenue par Gobineau et appelle
à la solidarité entre les Noirs. Promoteur de la pureté raciale, assignant aux
Afro-Américains une mission civilisatrice à l’égard des peuples africains, il
suscite des attaques de la part d’une partie des métis et de l’élite libérienne7. Cette hostilité s’explique également
par l’attitude des rapatriés et des Créoles, formant une couche sociale privilégiée
par rapport aux autochtones8. De par son activité militante et
théorique, il a cependant beaucoup influencé les leaders du panafricanisme
comme Nkrumah et Senghor affirme qu’il est l’un des pères idéologiques de
l’unité ouest-africaine9.

Anténor
Firmin, défenseur de l’égalité humaine

                                 Anténor Firmin

Anténor Firmin,
homme politique haïtien, contribue aux prémices de la pensée panafricaine en
publiant en 1885 De
l’égalité des races humaines
, un essai dans lequel il répond aux
théories racistes de Gobineau et démontre
la contribution des Noirs à l’histoire et à la civilisation10. Son ouvrage s’inscrit plus
globalement dans le débat de l’époque entre les partisans du polygénisme et du
monogénisme. Démontrant les carences méthodologiques de Georges Pouchet et de Paul Broca, entre autres, il affirme l’unité
de l’espèce humaine, fait l’éloge du métissage, voit la civilisation comme une
destinée commune contrairement à Dubois, qui, rejoignant les thèses de Johann
Gottfried von Herder
, défend l’idée que chaque culture possède sa
spécificité propre. En dénonçant la hiérarchie des races, Anténor Firmin
s’attaque à la base idéologique de l’esclavage et du colonialisme.

 Le cas de l’Éthiopie

                                       Ménélik II

Les résistances de Ménélik II aux tentatives d’invasion
italiennes et son succès lors de la bataille d’Adoua en 1896 ont donné à l’Éthiopie une place privilégiée dans la
formation de la pensée panafricaine. En 1893, face aux prétentions italiennes,
Ménélik II déclare : « L’Éthiopie n’a besoin de personne, elle tend
les mains vers Dieu ». Le terme « Éthiopie » définissant à la fois
le pays et le continent africain, de nombreux panafricains utilisent par la
suite cette citation comme devise au xxe siècle.
L’attirance des panafricains pour l’Éthiopie s’explique également par la
volontés de ceux-ci, à l’instar d’Edward Blyden,
de mettre en avant la lumineuse histoire du continent Africain. L’Éthiopie est
en effet une des plus anciennes zones de peuplement humain, et la première
forme étatique éthiopienne est attestée depuis le viiie siècle
avant Jésus-Christ.

Bénito Sylvain,
natif de Port-au-Prince et figure majeure de la Conférence panafricaine de
1900, entretient avec l’Éthiopie des liens étroits. Fondateur du journal La
Fraternité, Organe de Défense des Intérêts d’Haïti et de la Race noire
, il
devient en 1893 enseigne de vaisseau de la Marine de Guerre haïtienne. En 1897,
il se rend à Addis-Abeba, voyage
qu’il entreprend afin de voir de ses yeux « le Négus Ménélik, dont les
magnanimes vertus font réellement honneur, non seulement à la race noire, mais
encore à l’humanité tout entière ». Ayant obtenu une audience avec
l’Empereur, il lui parle longuement d’Haïti et de la situation des Noirs
aux Caraïbes et en Amérique. Lors de
rencontres ultérieures, il fait part au Négus de ses inquiétudes concernant les
volontés impérialistes de la France, de l’Angleterre et de l’Italie sur le
territoire éthiopien, et lui conseille de moderniser
son armée. Plus tard, il s’entretient avec lui
sur la question de l’esclavage en Éthiopie, subsistant malgré les interdictions
du Négus, et qui préoccupe les Haïtiens. À la
question de Ménélik : « Les Noirs d’Amérique s’intéressent donc à ce
point à l’Afrique ? », Benito Sylvain répond « Le mouvement
n’est pas encore général, mais il s’étend de plus en plus ».

La mise en place du projet panafricain

 La Première Conférence panafricaine (1900)

La Première Conférence panafricaine se tient
à Londres du 23 au 25 juillet 1900 dans un climat de racisme
exacerbé, de crises économiques et sociales, et de la conquête progressive des
territoires africains par les puissances occidentales. La question coloniale
divise les socialistes européens : certains y voient un processus
« inévitable et fatal », d’autres, tel Lénine, s’y opposent fermement. Une solution à
ce contexte de crise pour le monde africain semble s’imposer à Anténor Firmin,
Benito Sylvain et leurs contemporains : s’unir et s’organiser afin de
résister.

Origines et
organisation du rassemblement

Plusieurs personnalités ont revendiqué avoir été les
inspirateurs de la Conférence panafricaine. Benito Sylvain a lui souligné son
influence, qu’il exerça en tant que délégué général de l’Association
Panafricaine
. En 1896, Sylvain adresse une lettre à Anténor Firmin et lui
fait part de son idée de réunir un Congrès panafricain à l’Exposition
universelle de Paris
. Firmin, dans sa réponse, exprime « un
vif intérêt
 » pour ce projet, et souligne l’importance du facteur
colonial : « l’on peut, sans être prophète, prédire que toute la
politique de la première moitié du xxe siècle, au
moins, sera dominée par les questions coloniales
 ». En 1897, Benito Sylvain,
de retour d’Éthiopie, rencontre à Londres Booker T. Washington et,
ensemble, ils adhèrent à l’Association Africaine fondée par Henry Sylvester
Williams
, instituteur né en 1869 à Trinité et
résidant depuis 1896 en Angleterre.

L’Association Africaine, à sa création, se donnait pour
objectif principal « d’encourager un désir d’unité et de faciliter des
relations amicales entre Africains en général, de promouvoir et de protéger les
intérêts de tous les sujets proclamant leur descendance africaine
 ».
C’est au sein de ce milieu associatif que se déroulent les préparatifs de la
première Conférence panafricaine, que Henry Sylvester Williams nomme en référence
aux mouvements unificateurs panslaves et pangermaniste.

La Conférence se tient lors des 23, 24 et 25 juillet 1900 au Westminster Hall de Londres. Ses 32 participants sont des notables
Noirs (hommes politiques, avocats, médecins, instituteurs) originaires des
Caraïbes, des États-Unis (les deux tiers de ces deux premières zones
géographiques), du Canada, du Royaume-Uni et quatre seulement d’Afrique.
Analysant cette faible part des Africains, le géographe Roland Pourtier note
sur le long terme : « Jusqu’à la Seconde
Guerre mondiale, l’égalité raciale constitua l’axe centrale du panafricanisme,
qui fut initialement davantage « pan nègre » qu’africain »5. Une organisation permanente est
fondée, et avec elle des membres en fonction pendant deux ans chargés
d’organiser le prochain rassemblement.

Les
résolutions de la Conférence

La résolution principale de la Conférence est une Adresse
aux Nations du Monde
 adoptée à l’unanimité. Elle comporte divers
points :

·        
La couleur et la race ne doivent plus êtres des « critères
de distinction
 » entre les noirs et les blancs

·        
Les libertés des « indigènes d’Afrique »
doivent être respectées, au même titre que leur droit d’accéder aux « voies
du progrès et de la culture
 »

·        
Les missions chrétiennes ne doivent plus être le prétexte de « l’exploitation
économique et l’effondrement politique des nations les moins développées
 »

·        
La nation britannique doit accorder « les droits dignes
d’un gouvernement responsables aux colonies noires d’Afrique et des Indes
Occidentales 
»

·        
Les États-Unis doivent octroyer aux Noirs-Américains « le
droit de vote, la sécurité des personnes et la propriété
 »

·        
Les colonies françaises, allemandes et belges doivent se
souvenir que leur richesse réside dans la « prospérité », le
« progrès » et le « bonheur » du peuple noir

·        
Les puissances impérialistes doivent respecter « l’intégrité
et l’indépendance
 » de l’Éthiopie, du Liberia et d’Haïti

Le texte final de la Conférence comporte également un passage
destiné « A sa Gracieuse Majesté, Reine de la Grande-Bretagne et de
l’Irlande, Impératrice de l’Inde 
», implorant son attention envers « la
situation alarmante des autochtones en Afrique du Sud 
». Les
revendications des signataires portent notamment sur le travail forcé, le droit
de vote, le droit à la propriété et les différentes lois de ségrégation telles
que « le couvre-feu, l’interdiction de marcher sur les trottoirs et
l’utilisation de transports publics séparés
 ».

Les Congrès
panafricains de l’entre-deux guerres

Article détaillé : Congrès panafricain.

L’Adresse aux Nations du Monde de la Conférence de
1900 est rédigée sous la direction de William Edward Burghardt Du Bois. Celui-ci
devient, dans les décennies suivantes, la figure principale autour de laquelle
sont organisés les rassemblements relatifs au mouvement panafricain.

Le Congrès
de Paris de 1919

À la fin de la Première Guerre mondiale, Du Bois rédige, avec le
philanthrope George
Foster Peabody
 (en) et le journaliste Philip
Whitwell Wilson
 (en), un mémorandum qui plaide en faveur d’un État
noir en Afrique centrale, qu’il adresse en vain à l’administration américaine.
Ses thèses, publiées dans The Crisis en janvier
1919, reçoivent cependant l’aval de la NAACP et connaissent un écho favorable13. Devant le refus de la Conférence
de Paris
 de déclarer « l’autonomie
des peuples de couleurs » alors que s’y décide le sort des colonies
allemandes, Dubois sollicite Candice Gratien et Blaise Diagne pour organiser un congrès
au même moment, avec l’accord des autorités françaises14.

Insistant sur le rôle des soldats noirs pendant le conflit5, le congrès réunit 57 délégués
originaires de quinze pays : États-Unis (16), colonies françaises (13),
Haïti (7), France (7), Liberia (3), colonies espagnoles (2), Éthiopie, colonies
portugaises, Congo Belge, Égypte, Saint-Domingue. Ils y expriment les
revendications suivantes :

·        
L’établissement d’un code législatif international pour la
protection des indigènes d’Afrique, « semblable au projet de code
international du travail
 »

·        
La garantie de la part des puissances coloniales de nombreux
principes de gouvernement relatifs aux indigènes africains : l’accès à la
terre, la juste répartition des ressources capitalistes de l’État, l’abolition
du travail forcé et des châtiments corporels, l’accès à l’éducation et la
participation des africains au gouvernement de l’État.

 

La scission
entre radicaux et modérés

                                  Blaise Diagne

Si les résolutions prises à Paris en 1919 condamnent les abus de
la colonisation, elles ne condamnent pas son principe, par souci de compromis
avec les autorités occidentales. Les résolutions du Congrès ne font ainsi pas
l’unanimité chez les représentants africains. Organisé successivement dans
trois capitales impériales différentes, Londres, Bruxelles et Paris en 1921, le
second Congrès panafricain est ainsi marqué par des divergences, qui conduisent
à une rupture.

À la session de Londres (27-29 août), les congressistes, en
grande majorité anglophones, adoptent le Manifeste de Londres, qui revendique
notamment « la reconnaissance des hommes civilisés comme étant
civilisés indépendamment de leur couleur et de leur race
 » et « la
restitution de l’ancienne propriété commune de la Terre et de ses richesses et
défenses naturelles contre l’avidité sans limites des investissements
capitalistes
 ». À la session de Bruxelles (30 août-2 septembre) sont
présents, en plus de Noirs des colonies, des missionnaires et membres de
l’administration coloniale, qui contribuent à modérer le débat. Une rupture
essentielle se produit entre W.E.B. Du Bois et Blaise Diagne, ce dernier
rejetant Le Manifeste de Londres qu’il considère d’essence communiste. À la session de Paris (4-5
septembre), Blaise Diagne et Gratien Candace (député de la Guadeloupe) font l’apologie de la politique
coloniale de la France. Au contraire, W.E.B. Du Bois y défend en priorité
l’accession au pouvoir des Africains, seule garantie selon lui capable
d’assurer la « sécurité » des Noirs de « n’importe
quelle partie du monde
 ». Il y critique également la politique d’assimilation française
qu’il analyse comme le renforcement de l’exploitation des Africains et des
Antillais.

Panafricanisme
et communisme

                               W. E. B. Du Bois

W.E.B. Du Bois organise presque à lui seul les deux derniers
Congrès panafricains. Le troisième congrès, tenu à Londres (7-8 novembre) et à
Lisbonne (1-2 décembre) en 1923, adopte des résolutions inédites, dont voici
une liste non exhaustive :

·        
Le développement de l’Afrique « au profit des
Africains »

·        
La représentation des Noirs à la Société des Nations et
dans l’Organisation
internationale du travail

·        
L’indépendance et l’élargissement de l’Égypte jusqu’au Soudan

·        
L’extension du statut de citoyen dans les colonies françaises

·        
La fin des recrutements forcés de travailleurs dans les colonies
portugaises

·        
La fin de l’exploitation du Congo

·        
L’émancipation d’Haïti, du Liberia et de l’Éthiopie de la
tutelle économique des compagnies monopolistes affiliées aux puissances
capitalistes

Les deux derniers points montrent bien le rapprochement entre le
mouvement panafricain et les théories communistes. Quelques mois avant le
quatrième Congrès, en février 1927, se tient la réunion de la Ligue contre
l’impérialisme et pour l’indépendance nationale. Attirant près de 180
participants venus du monde entier, parmi lesquels Albert Einstein ou Jawaharlal P. Nehru, elle se réunit pour
réfléchir à la mise en place d’une politique préconisée par Lénine visant à l’association des
communistes et des mouvements nationalistes dans les colonies. « La
question noire
 » y est traitée et la réunion adopte une résolution
visant à « libérer la race nègre partout dans le monde ».
C’est en conséquence qu’au quatrième Congrès panafricain organisé à New-York
(21-24 août) en 1927, W.E.B. Du Bois exprime son assentiment à la politique
menée par les communistes russes à l’égard des mouvements nationalistes.

Associations
et mouvements panafricains

                              Marcus Garvey

En parallèle de ces quatre congrès qui ne réunissent qu’un
nombre très réduit de participants, de nombreux mouvements (associations,
revues…) contribuent à enraciner l’idée panafricaine.

Marcus Garvey est
une figure emblématique d’un nationalisme noir tourné vers les masses.
Originaire de Jamaïque, politiquement
formé au cours de ses voyages, il fonde en 1914 l’Universal Negro Improvement and Conservation Association
and African Communities League
 (UNIA), qui s’installe en
1917 à Harlem. Opposé à l’élitisme et aux vues socialisantes de Du Bois, qui le
considère comme un utopiste et un extrémiste violent, il harangue les foules et
bénéficie d’une popularité croissante. En 1918, il donne naissance au
journal Negro World,
dont les articles sont écrits en anglais, en français et en espagnol pour
toucher les Noirs du monde entier. Au Liberty Hall d’Harlem en 1920, Garvey déclare une
« Déclaration des Droits des Peuples Nègres du Monde » dans
laquelle sont revendiqués, outre la justice sociale, le droit à
l’autodétermination des Noirs et à leur représentation politique dans les
instances internationales. Au milieu des années 1920, l’UNIA compte plus de
mille comités et six millions de membres à travers le monde15Amy Jacques Garvey,
seconde femme de Marcus Garvey, rédige des articles pour le Negro
World.
 Après l’arrestation de son mari, elle prend la tête
officieusement de l’UNIA.

René
Maran, auteur de Batouala, roman anticolonialiste paru en 1921

En France, l’influence des idées communistes et garveyristes,
accompagnée par la pénétration de la culture afro-américaine après la Première Guerre
mondiale
 et l’émergence d’une littérature anticoloniale,
encouragent le militantisme de la diaspora africaine. Confronté à l’injustice
du système colonial et au racisme, Tovalou Houénou,
dandy parisien issu de l’aristocratie du royaume de Dahomey,
fonde la Ligue universelle pour la défense de la race noire (LUDRN)
en 1924. Son journal, Les Continents, mène notamment une campagne
contre le Code de l’indigénat.
Un article contre Blaise Diagne entraîne sa condamnation par la justice. En
1926, Lamine Senghor transforme
l’association sous le nom de Comité de défense de la race nègre (CDRN)
et dénonce l’action des gouverneurs coloniaux et des députés africains. Son
successeur, Tiemoko Garan Kouyaté,
conduit à renommer le groupe en Ligue de défense de la race nègre (LDRN),
à rejoindre l’Internationale syndicale
communiste
 et à encourager la mobilisation des travailleurs
immigrés. Néanmoins, le manque de réalisations concrètes des communistes par
rapport à la question coloniale conduit Kounyaté à l’isolement, qui s’engage
alors au sein de l’Union des travailleurs nègres (UTN). La naissance du courant
politique et littéraire de la négritude, par exemple avec la revue L’Etudiant noir d’Aimé Césaire, de Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas,
participe également d’une réaffirmation culturelle articulée à un engagement
antiraciste18.

La Grande-Bretagne et ses colonies sont aussi un intense foyer
de militantisme panafricain. Dans les premières décennies du xxe siècle,
de nombreuses organisations, principalement étudiantes voient le jour. C’est le
cas de la Union for Students of African Descent et de la Gold
Coast Student’s Union
. Les membres de ces mouvements se retrouvent fédérés
dans la West African Students Association (WASU),
créée en 1925. Recrutant principalement en Gold Coast, au Nigeria et en Sierra Leone, la WASU
compte plus de 250 membres en 1939. Très active sur le terrain, son action est
entravée par les administrations coloniales.

En Afrique du Nord, l’agitation nationaliste conduit également à
la formation de mouvements anticolonialistes. En parallèle des victoires d’Abd el-Krim au
Maroc contre les français et les espagnols pendant la guerre du Rif, l’Étoile Nord-Africaine (ENA)
est créée en 1926. Sous l’impulsion de Messali Hadj, l’ENA mobilise les travailleurs
du nord de l’Afrique en leur promettant l’émancipation et l’unité du Maghreb. En outre, elle s’associe aux
mouvements panafricains pour manifester contre l’invasion fasciste de l’Éthiopie. L’empereur Haïlé Sélassié,
en exil à Londres, devint dès lors une figure prestigieuse du panafricanisme5.

La
réalisation du projet panafricain

À partir de 1945, les mouvements intellectuels, politiques,
sociaux et culturels liés au panafricanisme s’accélèrent. Leur centre de
gravité bascule des métropoles occidentales vers le cœur même du continent
africain. Les idées panafricaines s’inscrivent de plus en plus dans la réalité.
Si elles se limitent avant la guerre à un petit cercles d’intellectuels
coloniaux, leur assise politique et sociale s’élargit désormais vers de
nouveaux groupes sociaux.

Le Congrès
de Manchester (1945)

                               Kwame Nkrumah

Le Congrès de Manchester est le dernier rassemblement
panafricain réuni à l’extérieur de l’Afrique. En plus de l’émergence d’une
nouvelle génération de dirigeants, il marque la politisation effective du
mouvement et de nouvelles résolutions prise en accord avec les velléités
d’indépendance des territoires africains5. Il est organisé entre autres
par George PadmoreKwame Nkrumah et W. E. B. Du Bois.
Nkrumah s’affirme comme le nouveau leader du mouvement panafricain, auquel il
apporte une dimension nouvelle, plus militante, et centrée sur les classes
populaires. À propos du rassemblement de Manchester, Nkrumah déclarera plus
tard qu’il oublia volontairement « les aspirations gradualistes des
classes moyennes et intellectuels africains 
» en exprimant « la
volonté d’indépendance solide et réaliste des travailleurs, syndicalistes,
fermiers et paysans qui furent représentés de manière décisive à Manchester
 ».
Parmi les différentes revendications du Congrès figurent :

·        
L’abolition des lois foncières autorisant à enlever leurs terres
aux Africains

·        
Le droit pour les Africains de développer les ressources
économiques de leur pays sans entrave

·        
L’abolition de toutes les lois de discrimination raciale

·        
La liberté de parole, de presse, d’association et d’assemblée

·        
L’éducation obligatoire et gratuite, l’installation d’un service
de santé et d’aide sociale pour tous

·        
Accorder le droit de vote à tous les hommes et femmes de plus de
21 ans

·        
L’abolition du travail forcé et l’introduction du principe de
salaire égal à travail égal

Le
militantisme panafricain

Le temps
des rassemblements

Kwame Nkrumah est
le premier à constituer une grande formation politique panafricaine en
reprenant un ancien projet d’union ouest-africaine. En décembre 1945, il
crée le West African National Secretariat (WANS) et voyage en
Grande-Bretagne et en France, où il rencontre les nouveaux élus africains tels
que Sourou Migan ApithyLamine GuèyeFélix
Houphouët-Boigny
 et Léopold Sédar Senghor.
Le WANS organise une « Conférence ouest-africaine » qui affirme
« l’indépendance complète et absolue des peuples d’Afrique occidentale »
comme « l’unique solution » aux problèmes soulevés par la
domination coloniale. Nkrumah et son organisation sont ouvertement accusés
d’être communistes dans les métropoles occidentales. L’action du WANS est par
ailleurs ralentie par le retour de Kwame Nkrumah au Ghana,
dont il devient le chef du gouvernement en 1951 et où il organise le Congrès
Panafricain
 de Kumasi en décembre
1953.

Les mêmes aspirations militantes donnent naissance en Afrique
française au Rassemblement
démocratique africain
 (RDA), constitué dans un contexte
différent de celui des colonies britanniques puisque le parlement français était
alors le seul à comprendre des élus africains. L’initiative du rassemblement
vient d’une partie de ces élus qui signent le Manifeste du
Rassemblement africain
, dans lequel ils expriment le « refus
historique de soumission du Nègre
 ». Liés aux partis d’extrême-gauche
français, ces élus africains envisagent une transformation radicale de la
société et l’entrée dans une « union librement consentie »
avec le peuple français. La SFIO et le MRP condamnent
fermement leur projet ; affiliés à ceux-ci, Léopold Sédar Senghor et Lamine Guèye boycottent
en conséquence le congrès de Bamako (19-21 octobre 1946) qui donne naissance au
Rassemblement démocratique africain.

Le projet limité à l’Afrique de l’Ouest révèle cependant les
frictions qui existent entre panafricains anglophones et francophones5.

L’effervescence
intellectuelle et politique des milieux francophones

En 1947 paraît à Paris le premier numéro de la revue Présence africaine,
animée par le jeune intellectuel sénégalais Alioune Diop. La revue s’attache à parler des
larges problèmes de l’identité africaine, liés à la longue durée de l’esclavage
et de la colonisation et aux relations avec le communisme dans le contexte de
la guerre froide. À
partir des années 1950, la revue s’intéresse de plus en plus à la politique et
donne la parole à de jeunes étudiants parmi lesquels Cheikh Anta DiopJoseph Ki-Zerbo ou Abdoulaye Wade. En parallèle, de nombreux
hommes politiques français rompent leurs liens avec le Parti communiste
français
 ; c’est le cas de Félix Houphouët-Boigny en
1950 et d’Aimé Césaire en
1956.

Alioune Diop fonde également la Société africaine de culture,
qui réunit du 19 au 22 septembre 1956 le premier Congrès des
Écrivains et Artistes Noirs
 à La Sorbonne5. Celui-ci réunit des intellectuels
venus d’AEF, d’AOF, d’Angola, des Antilles françaises, du Cameroun, du Congo
belge, d’Haïti, de Jamaïque, de Madagascar, du Mozambique, du Nigeria, du
Sierra Leone, du Togo, de l’Union sud-africaine, et d’anciennes puissances
esclavagistes telles que le Brésil et les États-Unis. Parmi ces invités, venus
débattre des problèmes culturels et civilisationnels liés au racisme et au
colonialisme, se trouvent Jean Price MarsRichard Wright,
Aimé Césaire ou encore Jacques Rabemananjara.

Cette effervescence intellectuelle à dimension politique et
culturelle, en particulier dans le haut lieu du Quartier latin5, contribue à radicaliser la jeunesse
africaine, notamment en France où elle est de plus en plus nombreuse à venir
étudier. C’est ainsi que la FEANF est créée en décembre 1950 à Bordeaux. Ayant pour objectif d’organiser la
solidarité entre les étudiants africains, elle prend également des positions
politiques sur la question coloniale et contribue notamment à la revue Présence
africaine
. C’est également dans sa revue dédiée, L’Étudiant
d’Afrique Noire
, que ses membres mènent une réflexion de caractère
théorique et politique sur les enjeux de la question des sociétés africaines et
de leur devenir après leur accession à la souveraineté.

À la fin des années 1950, l’action des hommes politiques et
intellectuels africains francophones se manifeste par la création inédite de
syndicats indépendants des formations occidentales et prétendant représenter
l’ensemble des Africains. En avril 1956, Ahmed Sékou Touré fonde
la Confédération générale des travailleurs d’Afrique (CGTA). En janvier
1957, les délégués syndicaux de toute l’Afrique française se réunissent à Cotonou et fondent l’Union générale
des travailleurs d’Afrique noire
 (UGTAN) dont le but est « d’organiser
tous les travailleurs africains dans l’unité et de coordonner l’action de
l’ensemble des organisations syndicales africaines dans la lutte contre le
régime colonial et toutes les formes d’oppression et d’exploitation de l’homme
par l’homme, pour la défense de leurs revendications économiques et sociales,
la légitime affirmation de la dignité humaine du travailleur africain et
l’émancipation complète des populations autochtones
 »

L’indépendance
du Ghana et ses conséquences

                               Patrice Lumumba

Le processus d’union africaine est fortement dynamisé par la
proclamation de l’indépendance du Ghana de Kwame Nkrumah5, qui survient le 6 mars 1957.
Dans son discours, Kwame Nkrumah rappelle que « l’indépendance du Ghana
n’a pas de sens si elle n’est pas liée à la libération totale de l’Afrique
 ».
Le 15 avril 1958, la Conférence des États Indépendants d’Afrique se
réunit à Accra, la capitale ghanéenne, et réunit les
délégués des huit puissances africaines déjà souveraines (Égypte, Libye, Maroc,
Tunisie, Éthiopie, Ghana, Liberia et Soudan) ; ils y exigent la
décolonisation de tout le continent et demandent la création des États-Unis
d’Afrique. Cependant le RDA n’y est pas présent. De son côté, afin de répondre
aux panafricains anglophones et protestants, Barthélémy Boganda appelle
à fonder les États-Unis d’Afrique latine5. Le 28 septembre 1958, la Guinée devient indépendante et donne à Nkrumah
et Sékou Touré l’occasion
de fonder l’Union Ghana-Guinée. En décembre de la même année, Accra
accueille la Conférence des Peuples Africains, dans l’idée de
rassembler non les chefs d’État mais les peuples d’Afrique. Sous la formule,
évoquant les mots de Marx et Engels, « Vous n’avez rien à perdre
d’autres que vos chaines, vous avez un continent à regagner », plus de
soixante partis et mouvements politiques, syndicats et association participent
à la conférence. On y croise notamment Patrice Lumumba, représentant du Mouvement
national congolais
 ; Kenneth Kaunda, représentant du Zambian
African National Congress ; Frantz Fanon, représentant du Front
de libération nationale
 ; Félix Moumié, représentant de l’Union des
populations du Cameroun
, etc19. On peut donc lier la conférence
d’Accra et l’accélération de la décolonisation qui a lieu dans les années suivantes,
avec notamment l’indépendance de la République
démocratique du Congo
 en 1960.

Ailleurs en Afrique, le climat politique de la fin des années 1950
est favorable à la concrétisation politique du panafricanisme. En juillet
1958 à Cotonou, Léopold Sédar Senghor accueille en tant que dirigeant
du Parti du regroupement africain de nombreux délégués de
l’Afrique française afin de conforter ses positions panafricaines et
fédéralistes. La même année, les mouvements nationalistes de pays tels que le
Kenya, l’Ouganda ou encore le Mozambique se retrouvent à Mwanza au Tanganyika afin de donner naissance
au Mouvement pan-africain pour l’Afrique orientale et centrale.

Néanmoins, de nombreuses divergences ralentissent le mouvement
de l’union africaine. On distingue parmi les dirigeants africains des « radicaux »
et des « modérés », d’une part les adeptes d’une rupture socialiste avec le monde occidental,
d’autre part les partisans d’un maintien de relations pacifiques avec les États
capitalistes. Identifié comme le courant le plus radical du panafricanisme, le
Ghana de Kwame Nkrumah continue sa lutte en convoquant en décembre 1962 un Congrès
des africanistes
 réunissant des savants spécialistes de l’Afrique du
monde entier. C’est dans ce contexte de divisions internes que la Conférence
Internationale des États indépendants d’Afrique
, organisée à Addis-Abeba en 1962, consacre la position
des « modérés ». Marquée par les discours d’Haïlé SélassiéKwame Nkrumah et Patrice Lumumba, elle donne lieu à la création
de l’Organisation
de l’unité africaine
 (OUA). Celle-ci comprend « les
États africains continentaux, Madagascar et les autres îles voisines de
l’Afrique 
». Elle se donne pour objectif de « renforcer
l’unité et la solidarité des États africains
 », de « défendre
leur souveraineté
 », d’éliminer « sous toutes ses formes »
le colonialisme et enfin de « favoriser la coopération internationale ».
Réunie à Accra en 1965, l’OUA adopte une « Déclaration sur la
subversion
 » qui interdit l’intervention d’un État africain dans les
affaires d’un autre5. Cette déclaration provoquera par la
suite de nombreux désaccords, notamment sur la question du dialogue avec le
régime de l’apartheid sud-africain.

Le géographe Roland Pourtier conclut : « L’ambition panafricaine, qui avait du sens dans un combat
partagé pour l’indépendance de l’Afrique, s’effondra lorsque celle-ci fut
acquise, laissant le champ libre aux divergences géostratégiques des
États »5.

La
coopération culturelle et scientifique interafricaine

                          Léopold Sédar Senghor

Les désaccords d’ordre politique sont compensés dans les
décennies suivantes par un essor du panafricanisme sur les plans culturels et
scientifiques.

Grand théoricien de la question de la négritude, Léopold Sédar Senghor organise
le Premier Festival mondial des Arts nègres, tenu à Dakar en avril
1966. Si le rassemblement sénégalais se limite aux « arts nègres »,
le Festival panafricain d’Alger organisé en juillet 1969 étend
lui le questionnement cultuel à l’ensemble du continent et pose les bases d’une
politique culturelle africaine à l’échelle continentale. Il comporte un certain
nombre de propositions dont certaines impliquent l’action de l’OUA. D’autres
propositions cherchent à dynamiser l’alphabétisation massive
des Africains, l’élaboration d’une encyclopédie du continent africain, la
création d’institutions culturelles telles qu’un Institut panafricain
du Cinéma
 ou encore la protection de la propriété
intellectuelle
 des Africains. Dans la continuité du Festival
d’Alger
, le deuxième Festival mondial des Arts et de la Culture
nègres et africains
 réunit à Lagos en 1977 plus de 700 délégués
africains autour du thème « civilisation noire et éducation ».
En 2010 se tient à Dakar le troisième Festival international des arts nègres et
se place « sous le signe de la Renaissance
africaine, du métissage culturel et du dialogue entre les peuples » note
Roland Pourtier5.

D’autres rencontres à l’orientation plus artistique que
politique réunissent de nombreux artistes : c’est le cas de la Semaine
du Cinéma africain
 en 1969, qui devient en 1972 le Festival
Panafricain du Cinéma de Ouagadougou
5, ou encore du Festival
Panafricain de Musique
 organisé à Brazzaville et à Kinshasa. Dans les années 1980 se multiplient
les rencontres à caractère scientifique : c’est ainsi que les conférences
jumelles de Brazzaville et Kinshasa en avril 1985 réunissent de nombreux
savants et historiens chargés d’examiner le poids du siècle passé sur le
devenir de l’Afrique et de déterminer les choix politiques les plus indiqués en
vue de son développement.

Les thèmes panafricains se manifestent également dans les œuvres
culturelles d’artistes noirs originaires des anciennes puissances
esclavagistes, à l’image des jamaïcains Bob Marley ou Peter Tosh. L’adhésion de Bob Marley au mouvement rastafari,
inspiré de la figure d’Haïlé Sélassié,
contribua, grâce à la renommée internationale de l’artiste, à diffuser
largement ce courant de pensée. À l’image d’un Benito Sylvain des temps
modernes, il reviendra transformé de son premier voyage en Éthiopie et
enregistrera à cette occasion l’album Survival.
La face de la pochette de son septième album présente les drapeaux de nombreux
pays africains20 ; au dos, on peut y lire une
citation de Marcus Garvey. En
outre, l’album comporte un titre nommé « Africa Unite ».

Le panafricanisme de nos jours

Les idées récurrentes d’union continentale et de « développement
de l’Afrique pour les Africains
 » chères aux différentes figures du
panafricanisme ont été réactualisées avec la constitution de l’Union Africaine et l’adoption
du NEPAD. Aujourd’hui, ses valeurs sont de
nouveaux prônées en Afrique au sein des
médias et des sociétés civiles, à travers notamment les mobilisations contre le
néocolonialisme et les émissions de télévisions à caractère panafricaniste de
l’activiste et chroniqueur politique Kémi Séba 21,22,23 . Elles sont également , dans
une moindre mesure, alimentées dans le domaine culturel, notamment en France et
aux États-Unis au sein de certains mouvements hip-hop qualifiés de « roots ».
On note également diverses autres tendances spirituelles24,25.

Des départements d’études panafricaines existent dans de
nombreuses universités
d’Amérique du Nord
 depuis les années 1960Ama Mazama, professeur antillaise enseigne en
Pennsylvanie, ainsi que Théophile Obenga professeur
congolais, qui enseigne dans l’État de Californie.

Dans les
domaines politiques et économiques]

L’Union
africaine

               L’emblème de l’Union Africaine

L’acte constitutif de l’Union africaine, créée en 2002 à Durban, a été signé par tous les chefs d’État
de tous les pays membres de l’Organisation
de l’Unité Africaine
 (OUA). Inspirés par « les
Pères fondateurs » de l’OUA et par « des générations de
panafricanistes », ces dirigeants se donnent entre autres les objectifs
suivants : l’unité et la solidarité des pays d’Afrique, la défense de
l’intégrité et de la souveraineté de ces pays, l’accélération de l’intégration
politique et socio-économique du continent et de la recherche scientifique et
technologique, la promotion internationale des « 
positions africaines
communes » et enfin l’harmonisation et la coordination des politiques
économiques régionales.

La constitution de
l’Union africaine comporte également de nombreux principes tels que l’égalité
entre les États membres, le respect des frontières, le règlement pacifique des
conflits, la condamnation des changements anticonstitutionnels de gouvernement
ou encore le droit des États membres à solliciter l’intervention de l’Union pour
restaurer la paix et la sécurité. L’Union Africaine est également dotée
d’organes exécutifs, parmi lesquels un Parlement panafricain et une Cour de
Justice. Sa constitution est écrite dans les quatre langues majoritaires du
continent : l’arabe, l’anglais, le français et le portugais.

Elle reste cependant « impuissante
face aux divisions du continent » estime Roland Pourtier.

Le NEPAD

Abdelaziz
Bouteflika, l’un des initiateurs du NEPAD

 

Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD)
a vu le jour en 2001, de la fusion du Plan Oméga et du Plan
MAP
. Il s’agit d’un projet économique sous tutelle de l’Union Africaine depuis
2007 et visant, selon son programme fondateur, à « éradiquer la
pauvreté 
» et placer les pays africains « sur la voie d’une
croissance et d’un développement durables
 ». L’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte et le Nigeria y jouent un rôle de premier plan
compte tenu de leur richesse. Le NEPAD vise entre autres à mettre en place
« une nouvelle relation de partenariat entre l’Afrique et la communauté
internationale 
». Le texte fondateur énumère les différentes sources
de richesse du continent africain :

·        
sa richesse minérale, pétrolière et gazière

·        
la taille des forêts tropicales et la présence minime
d’émissions de gaz à effet de serres qui font de l’Afrique un véritable « poumon
écologique
 »

·        
la variété de la faune et de la flore africaine

·        
sa richesse culturelle, paléontologique et archéologique

 Le texte fondateur considère également que « l’appauvrissement
du continent africain
 » est le fruit de « l’héritage du
colonialisme, de la guerre froide
 » et des « rouages du
système économique international
 ». Il considère les perspectives
soulevées par la mondialisation et « les progrès dans le domaine des
technologies de l’information et de la communication
 » comme positives
pour l’Afrique et énonce diverses propositions :

·        
 consolider les mécanismes de résolution des conflits au
niveau national

·        
 promouvoir la démocratie

·        
 restaurer la stabilité macro-économique grâce à la
rénovation des politiques monétaires et budgétaires et à l’installation de
« cadres institutionnels adéquats »

·        
 élargir les services d’enseignement et de santé

·        
 promouvoir le rôle des femmes dans le développement
socio-économique et politique

·        
 renforcer les forces de l’ordre africaines

·        
 promouvoir le développement de l’agriculture, de
l’industrie et des manufactures au service des marchés locaux et de
l’exportation

Afrocentrisme

Il existe une interprétation du panafricanisme, l’afrocentrisme, qui s’appuie sur les travaux du
scientifique sénégalais, Cheikh Anta Diop, notamment repris par Molefi Kete Asante,
théoricien afrocentriste, afro-américain. Ce mouvement tente de réexaminer
l’histoire de l’Afrique et sa diaspora d’un point de vue africain en s’opposant
à l’eurocentrisme. Il s’agit d’un retour à des
concepts dits traditionnellement africains et à la « culture africaine ».
La civilisation égyptienne,
ainsi que d’autres, sont alors considérées comme puisant leurs origines en
Afrique.

 

Les thèmes
panafricains dans la culture urbaine occidentale

Les nouvelles vagues d’immigration de l’Afrique vers les pays du
Nord ont renforcé une diaspora récente
sensible aux thèmes culturels et politiques du panafricanisme. Dans la continuité
de l’œuvre de Bob Marley par exemple, les idées panafricaines s’expriment
aujourd’hui dans la culture urbaine des anciennes colonies esclavagistes et des
anciennes métropoles impérialistes. À la fin du xxe siècle et au xxie siècle,
le mouvement hip-hop, particulièrement fécond aux États-Unis, est ainsi marqué
dans une certaine mesure par le panafricanisme.

Symboles

Un des symboles du panafricanisme est le poing de la gloire (First
of Glory
), le symbole du mouvement Black Power. Plusieurs groupes ont repris ce
symbole, comme Otpor, en Europe de l’Est (il semblerait pourtant
plutôt qu’Otpor se soit servi du poing fermé pour détourner ce symbole
communiste antérieur). C’est la raison pour laquelle que le Mouvement
Panafricain des Jeunes d’Afrique et de la Diaspora (le MOPJAD) a choisi ce symbole
pour son logo le point fermé et levé tenant une chaîne qui signifie que la
révolution Africaine vient de commencer

Des couleurs seraient dites panafricaines :
le vert, l’or et le rouge, couleurs provenant d’Éthiopie. On les retrouve aujourd’hui dans de
nombreux drapeaux de pays africains.

Les couleurs rouge, noir et vert ont été déclarées couleurs
officielles du peuple africain par l’UNIA (Universal Negro Improvement
Association and African Communities League
) en 1920 : drapeau panafricain.

 

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